Voilà. C'est passé. Mon jugement sera faussé. Car toujours après un spectacle, je suis pas très bien. Sensation que j'ai du mal à expliquer. Une fille peut témoigner, vu qu'elle a dû supporter cet état que j'ai eu pendant une semaine après un ratage total - mais maintenant j'en souris - dans un festival. Ben voilà, j'ai toujours cette sensation après.
Alors voilà, je connaissais mon costume de ma première scène. Que je trouve marrant. Mais l'autre était pas très clair. Je ne savais pas à quoi il allait ressembler. Une comédienne me l'apporte. Une queue-de-pie vraiment jolie ! Vraiment très jolie. C'est tout beau ! Je monte l'essayer, à peine petite sur les épaules, mais pas grave, elle est très belle. Je me pose des questions existentielles comme celle sur ma coiffure. Je descends, je traîne, je répète mes pièces. Là, ça allait. Bizarrement...
On répète le salut. Je ne vois pas ce qui se passe du côté Cour. Alors petite explication pour les néophytes. Jardin, c'est à gauche pour le spectateur, et Cour, ben c'est le coté droit. On fait tout par rapport au spectateur. On lui doit bien ça. On ne serait pas là, sinon.
On sait qu'il y a du monde. On le voit sur l'écran dans les coulisses.
Puis, je me prépare avec Marine, mon Agnès.
Caché derrière le rideau, on stresse. Je profite de ce stress. Je l'aime bien. J'essaie de trouver l'ouverture. Un technicien nous dit que ça va bientôt commencer. Il est mignon... La musique retentit. Et Lumière.
J'ouvre à grand. Je me promène. La suite, certains la connaissent. Je dis mon texte. Je dis mes apartés, mes « Ah suppôt de Satan, exécrable damnée ! », très facile à dire d'une manière naturelle. Je fais ce que je peux, mais j'essaie de l'oublier. Autant chasser les mauvais souvenirs à la naissance ! J'entends des chuchotements. Au premier rang. Qu'est-ce qu'ils ont les débiles devant ? S'ils sont là pour parler, dehors, ils peuvent très bien parler. Si ça les fait chié, qu'ils se cassent ! Je trouve que c'est totalement irrespectueux envers les comédiens. Et je trouve ça assez puéril, à croire qu'ils ne sont pas assez matures pour se taire dans un théâtre. Le respect des acteurs, ils en ont pas conscience... Je ne m'excuse pas de m'emporter, même si je pense connaître les gens chuchoteurs, mais ça m'a très énervé.
Puis, je dis ma phrase, mais je n'ai pas réfléchi. « Mais pour guérir du mal qui... » Là, je me rends compte que j'ai sauté tout un passage. Un pont sympa à dire, et marrant. Qu'est-ce que je fais ? Je... Je continue ? « ...dit qui le possède n'a-t-il point exigé de vous d'autres remèdes ? ». Et... Et merde ! C'est quoi la suite ? Je vois très bien où on en est dans le texte, je le vois visuellement. Mais... un trou... Je me rapproche, je réfléchis. Ca vient pas. Je m'approche. Je fais attention aux souffleurs. J'entends des chuchotements. Mon Agnès qui devient Marine et qui me souffle. Il ne faut pas. Mon oreille n'entend pas. Silence dans ma tête. Mais bon sang, soufflez bordel ! Tout le monde le voit que j'ai un trou, alors autant écourter mes peines. Je bidouille une phrase « Comment cela s'est passé ? ». Vive l'époque de Molière... Je reprends pied, mais je me suis trop rapproché. Tant pis. Je fais le pont. Je pense à une certaine demoiselle lorsque je dis « Je souffre en damné. ». Et là arrive mon aparté. C'est assez bien de parler directement au public. Lui, il s'en fout, mais pas moi. « Est-ce que c'est mal fait ce que je vous ai dit ? ». A mon tour. Je redis ma phrase, mais je la redis vite. D'une traite. Hop là, débarrassé ! Une autre phrase me faisant toujours penser à la même demoiselle. « Ah vous ne savez pas ce que c'est que ça foi ! ». Je lui avais répété des tonnes de fois... Puis, je finis mon rôle. Content de moi sur la fin. C'est l'une des seules fois, voire la seule, où je n'ai pas eu de gros blanc, ce qui casse tout...
Noir, je vais aux coulisses, prends ma queue-de-pie, sans trop de regard vers les autres. Je monte les deux étages. La costumière frappe à ma porte, et me demande un truc, j'ai oublié. Je lui demande si ça s'est vu mon blanc. Elle me dit ne pas vouloir me mentir, et que ça c'était vu. Je préfère nettement ça que « Mais non, pas du tout ! »... En souriant, et en passant vite à un autre sujet... Bon, je me change dans un costume qui me va un peu mieux. Superbe queue-de-pie...
Je redescends, parle à quelques personnes de mon blanc. Je revois ma Camille. Là, elle ressemble à une future religieuse, et beaucoup moins à une femme du Moyen-Âge. Les autres ont bientôt fini. On nous fait signe de rentrer. Je vois Armande s'en aller, en colère et (j'ai oublié le nom) soufflé. Noir. On s'échange des merdes. Camille arrive en premier, Perdican la suit. Et là, je ne sais pas si ça s'est vu, mais j'ai levé mes bouts de tissus, comme un Grand, pour m'asseoir. P'tit plaisir.
Lumière.
On joue le texte. Je tente d'articuler. J'aime bien le moment de « Ainsi vous me le conseillez – Ainsi tu ne crois à rien ? ». Que je voyais vraiment enchaînée. Bon, ça s'est peut-être ressenti. Encore avec « Cet amant-là n'exclue pas les autres. ». Très belle phrase. Le passage où Camille méprise Perdican est aussi bien réussi. La personne interprétant Camille jour mieux qu'aux répétitions. Passage que j'affectionne moins quand ma main est sur son épaule.
Puis viens le grand moment. Je réfléchis à ne pas me tromper de phrase. Puis Perdican lui crie dessus. « Elles te les ont fait toucher, elles ont coloré ta pensée virginAAAle des gouttes de leur sang. », cette phrase est bien dans mon esprit, je la vois bien, et je suis content de la façon que je la voyais. Apres, savoir si c'était bien ou pas, je ne peux pas juger. Je parle plus lentement qu'aux répets – je suis moins essoufflé !. Je finis par « et mon ennui. » Là, j'avoue avoir travaillé cette phrase. C'est la toute dernière, et je ne savais pas s'il fallait que je la monte, ou la descende. Alors, j'ai fait ce que j'ai pu.
Fin.
Noir.
Fini l'excuse pour ne plus être moi-même.
Salut final. On attend trois heures pour les présentations, chose que je désapprouve totalement. Cela ne sert à rien, c'est vraiment crétin.
On me fera des remarques. « C'est un repas-texte » ou bien qu'on avait un peu de mal à rentrer au tout début. On ne connaissait pas les antécédents. Et voilà bien les quelques reproches que je pourrais faire à cette chère personne qui est constamment rivé sur son nombril. Ce n'était pas un spectacle. Puis, je comprends parfaitement le point de vue du public. Cette personne déclare que tout le monde connaît telle pièce. Ben non, mon pauvre... Pathétique... Puis Du point de vue des comédiens, du moins je parle pour moi, les autres je ne sais pas ce qu'ils en pensent, mais je n'ai pas aimé interpréter un moignon de personnages. Une phase de son évolution, de son histoire racontée. Le plus beau dans le fait d'avoir un personnage qu'on interprète constamment, c'est de le voir évolué dans l'histoire. C'est superbe ! Perdican était un personnage torturé, complexe, qui est différent dans les différentes périodes de l'histoire. Cela m'aurait réellement plu de le jouer en entier. Au début, il attise Camille. Il la trompe, lui déclare certaines choses, tu la roue de ces mots - mon passage – puis finis par se poser des questions sur ses actes. Et quelle remise en cause géniale ! C'est vraiment poignant, en parlant d'un point de vue théâtral et dramatique. La fin est tout bonnement cinglante et coupe le souffle.
Bref, tout ça pour dire que voir évoluer son personnage est très intéressant dans le jeu, et même pour soi. Moi, voilà, en ayant lu la pièce, ce qu'il disait, je n'ai pas accroché. Je ne le ressentais pas. C'est beau et poignant, mais... Enfin bon, s'il n'y avait que ça...
Le Spectacle est fini, très certainement mes dernières montées de marches, sentir les planches qui craquent, le fait de ne plus être quelqu'un d'autre, le temps d'une pièce. Cette sensation qui m'a poursuivi pendant si longtemps. Et qui fait partie de moi –excusez-moi pour mes envolées lyriques...- et qui va tant me manquer.
C'est con, mais mes iris sont arrosés.
Sourire. Triste.
Ma fin, ma dernière, je ne la voyais pas comme ça. Il me manque quelque chose. Je reste sur ma faim. Envie de connaître l'avis. J'ai besoin de savoir. Mais je crois que les Muets ont donné un mot d'ordre d'être comme eux. Je me promène dans un tunnel. J'entends les bruits de mes pas qui s'interrogent. Mais pas de son. Pas d'écho.
Fugitives pensées que je ne peux saisir... Ou qui ne veulent être prises.
J'ai un vide. Je ne sais rien de mes deux personnages, je ne sais rien des pensées qui émanent de ceux dont les iris se sont tournés vers ces deux-là... Pas le temps ? Je ne sais pas. Mais la Tierce ne m'a pas frôlé. La Tierce qui exploite sans avant-goût, sans sentiments préalables.
Je ne sais pas si on comprend. Je n'arrive pas à déclarer. Ou je ne veux pas ? J'en sais rien...
Ha vis-de !
Ce que je cherche, ce que j'ai. Impartial.